ITW // TACOS (FR)

Le graffeur français TACOS a une particularité: au lieu d’utiliser l’alphabet latin comme la plupart des graffeurs, ce sont les idéogrammes chinois qu’il a choisi pour ses lettrages. Plus formel à ses débuts, TACOS a su s’affranchir des codes traditionnels du graffiti pour imposer sa propre griffe, minimaliste, originale et soignée.

Il nous parle de son nom, de son parcours, son évolution et ses expectatives.

Bonjour Tacos! Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Mon prénom est Tom, j’ai 24 ans. Je suis né à Grasse, une petite ville du sud de la France. À l’âge de 12 ans, ma famille s’est expatriée à Shanghai pour le travail de mon père. J’y suis resté jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat, à mes 19 ans. Après cela, j’ai fait des études de graphisme à Paris. Aujourd’hui, je suis graphiste et designer produit pour une marque de sport de combat. J’ai commencé le graffiti en 2008, à Shanghai, sous l’influence d’un ami français de Paris, expatrié lui aussi (big up Tick!).

D’où vient ton nom TACOS?

Mon blaze TACOS vient d’une “private joke” avec un ami espagnol du collège. J’avais seulement 13 ans, du coup, ce n’est pas très drôle. Mais j’aime dire que c’est de l’autodérision dans le sens où, de manière générale, les blazes se veulent plutôt agressifs ou intimidants, avec des styles tout aussi agressifs ou intimidants. J’aimais l’idée d’arriver dans ce mouvement avec un blaze “hors sujet” et presque ridicule, tout en jouant le jeu sérieusement.

Comment en es-tu arrivé à faire des fresques?

J’ai commencé le graffiti dans la banlieue de Shanghai où pas mal d’expatriés habitaient car l’école était localisée à cet endroit. Contrairement au centre, c’était très vaste, pas très propre, pas mal d’usines, de champs, des longues rues murées entres résidences et usines… c’est là-dedans que j’ai commencé avec mon meilleur ami parisien. Avec des sprays de bricolage, peu de couleurs et la plupart peu recouvrantes, un seul type de cap, … les années 80 en France ! Les Montanas et autres marques sont arrivées peu après mais c’était dur de mettre la main dessus et elles étaient très chères. Donc, on s’est longtemps contenté des locales qui ne coûtaient rien (moins d’un euro).

Sur ton Insta, on observe un changement de style assez radical. Avant, tes pièces étaient très géométriques. Aujourd’hui, elles sont un mélange de graff très contemporain et de calligraphie japonaise, comme en es-tu arrivé à cette combinaison et comment expliques-tu cette évolution?

Quand j’ai commencé le graffiti, j’étais assez jeune et je voulais juste faire comme les autres. J’ai longtemps cherché mon style avec les codes traditionnels du graffiti mais n’ai jamais vraiment été satisfait. Avec le temps, ma vision artistique s’est un peu plus précisée. A un moment, j’en ai eu vraiment marre. J’étais frustré de ne pas pouvoir faire comme mes influences et de plus en plus attiré par des artistes “post-graffiti” et contemporains. Après multiple remises en question, j’ai décidé de mettre de côté les codes traditionnels pour travailler sur des choses plus graphiques et épurées… utilisant des caractères chinois, comme un hommage à mon vécu là-bas mais aussi car ces caractères m’ont toujours fasciné.

Peux-tu nous citer 2-3 artistes que tu admires et pourquoi?

J’apprécie énormément le travail de L’outsider qui, de manière post-graffiti, expérimente les textures en noir et blanc avec un super contraste entre le lâcher prise et une organisation propre. Son appropriation de la madmax est géniale.
De la même manière, Eliote aussi à un bon délire, noir/blanc/chrome, des fois du rouge, il explore les textures avec un côté primitif très graphique. On y retrouve des codes classiques du graffiti mais de manière très élégante et nostalgique.
Dans un autre registre mais toujours post-graffiti, mon ami Ernest est un tueur en effet chrome et autres effets acides en tout genre. Il fait cela de manière très réaliste et précise mais ses lettrages sont souvent tirés par les cheveux et empruntent plutôt des codes au graphisme post internet.

Quelle est la pièce dont tu es le plus fier ? et pourquoi celle-là?

C’est vraiment dur à choisir, mais disons celle ci-dessous pour ce format que j’ai moins l’habitude d’investir et qui me force à composer autrement

Quel est ton plus beau souvenir de peinture? (une rencontre, un collaboration, une performance…)

Mon plus beau souvenir, c’était à Shanghai à mes débuts avec mon pote Tick : avec nos sprays locales, on avait très peu de choix de couleurs. Surtout les basiques, le violet et le rose étaient très rares et le peu de fois où on en trouvait, la spray se bouchait très vite (mélangé trop épais je pense), ce qui expliquait sûrement leur rareté. Pour pouvoir les utiliser, nous n’avions pas d’autre choix que les exploser ! On avait jamais vu personne faire ça avant (ce n’était pas encore la mode comme aujourd’hui).
Donc, on mettait la spray par terre, on balançait des pierres dessus jusqu’à ce qu’elles explosent en tourbillonnant dans les airs. Les locaux hallucinaient … on a rarement autant rigolé que ce jour-là (on avait 13/14 ans à l’époque)! C’est un souvenir unique car on était encore dans la découverte du graff et de la Chine en même temps.

Un rêve artistique que tu aimerais accomplir?

Peindre une énorme façade comme certains artistes comme Aryz ont l’habitude de faire et pouvoir voyager à travers le monde pour le faire.

A 24 ans à peine, le street artiste TACOS a encore de quoi nous surprendre! En attendant, on vous conseille vivement de le suivre sur Instagram, un pur bonheur visuel.