ITW // MAURICIO GROENEWOLD (MX)

Jeune illustrateur mexicain, Mauricio Groenewold sème ses “calaveras” (petites têtes de mort, très emblématiques au Mexique) sur les murs de la ville de Mexico.

Très inspiré par l’art populaire de son propre pays, il a choisi le collage (ou paste-up) comme technique phare pour afficher ses persos qui respirent la “buena onda”, comme on dit au Mexique (traduisez par bienveillance, bonhommie).

Mauricio a très gentiment accepté de répondre à quelques questions pour NOSHi, voici le résultat de notre échange:

Qui es-tu Groenewold? Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Je m’appelle Mauricio Groenewold G. J’ai étudié le graphisme à la ville de México, avec une spécialisation en pré-presse et production.
Je n’ai jamais lâché mes papiers et crayons. La plus grande partie de mon temps est consacrée à l’illustration.
Mon endroit préféré est mon studio. C’est là où je mets sur papier les idées que j’ai en tête.
J’aime vivre au Mexique. J’ai l’impression qu’on a tout ce dont on peut rêver.
Je déteste l’injustice, la discrimination, l’inégalité, la cruauté, l’indifférence, l’égo, la fierté mal placée et la guerre.

Comment es-tu arrivé à l’illustration?

C’est grâce à ma mère. Elle a vite remarqué que la seule chose qui me faisait tenir tranquille était le dessin. Du coup, elle m’a toujours poussé à dessiner. Je n’ai jamais manqué de matériel d’illustration. Grâce à cela, je faisait moins de bêtises. Ma mère a eu beaucoup de patience pour m’apprendre différentes techniques. Elle a été un grand professeur et je le lui doit à vie! J’étais un enfant hyperactif et anxieux, ma mère a su comment régler le problème.

Comment en es-tu arrivé à coller tes dessins dans la rue?

J’en ai eu marre de travailler dans les agences de pub. J’ai eu l’impression de perdre ma liberté. Une fois dehors, je passais mon temps à marcher dans la ville, réfléchir sur ce qui me rendait vraiment heureux et j’en suis arrivé au street art. A partir de là, je me suis renseigné sur les grands noms du street art et sur les messages qu’ils faisaient passer.
Je suis tombé encore plus amoureux de mon pays, de ma culture, de mes traditions et de tout ce qui nous défini comme mexicains. La calavera est une manière de remercier mon pays, elle me représente comme un spectateur entre mille.
Je veux rappeler aux mexicains et aux gens de passage que nous sommes sensationnels et pleins de malice.

Pourquoi avoir choisi le collage comme technique?

J’ai découvert  qu’il y avait une grande communauté de filles qui faisait du paste-up. Je leur ai envoyé une série de questions sur leur manière de procéder et cela semblait assez facile.
J’ai aussi remarqué que les hommes dominaient la scène du sticker. Je me suis demandé pendant un temps ce qui serait le plus simple et, bien sûr, qui me conviendrait le mieux. Je suis arrivé à la conclusion que le paste-up était la technique idéale: tu crées ton dessin, tu colles et tu t’en vas!
Jusqu’ici, j’ai eu de la chance: je n’ai jamais été poursuivi par la police. J’essaye de respecter un maximum les bâtiments des particuliers. Je colle généralement sur les immeubles officiels, les grandes entreprises internationales et nationales. Je demande souvent la permission aux propriétaires. S’ils refusent, je respecte leur décision.
Donc pour faire court, c’est juste que c’est plus rapide, facile et simple.

Pourquoi avoir choisi le squelette comme perso? Que représente-t-il?

Il y a peu, grâce à une présentation que j’ai fait pour Apple, je me suis rendu compte que je les dessinais depuis que je suis tout petit. J’ai été influencé par des films, des expériences, l’histoire internationale et nationale, les dessins animés, le Mexique et l’art.

Au début, le squelette était réaliste mais je l’ai modifié en découvrant la cartonería (sculpture en papier mâché, artisanat traditionnel au Mexique). Depuis lors, je suis tombé amoureux de l’artisanat, j’ai commencé à les collectionner et mon style s’est transformé en ce qu’il est actuellement.

Les calaveras sont un portrait de tous les mexicains, c’est également mon propre portrait. J’essaye de les représenter asexués pour que tout le monde puisse s’identifier. J’aime que mes persos racontent une histoire ou dépeignent des traditions bien ancrées du pays. Je suis toujours positif, jamais je ne donne de message violent ou désagréable. Je ne copie pas le travail d’autres artistes, je tente d’être le plus original possible. Mon but est de donner le sourire aux gens qui voient mes calaveras.

Que crois-tu que les gens pensent quand ils voient tes œuvres? Et qu’aimerais-tu qu’ils pensent?

Les gens adorent les voir! J’ai reçu énormément de retours positifs. Beaucoup me félicitent de leur rappeler quelque chose du Mexique, les touristes sont séduits et essayent de m’acheter une œuvre comme souvenir de leur voyage.
Heureusement, cela plaît à la plupart des gens, à ceux qui m’ont contacté en tous cas.
Il y a un proverbe qui dit: “recordar es volver a vivir” (se souvenir, c’est revivre). C’est exactement ce que j’aimerais provoquer chez les gens: un doux souvenir.

Quelles sont tes sources d’inspiration? Quels sont les artistes que tu admires et pourquoi?

Je citerais quelques noms d’artistes et personnes qui m’inspirent: en premier lieu, je citerais ma maman Leonor G. Glz, et puis il y a les grands artistes mexicains tels que José Guadalupe Posada, Diego Rivera, Siqueiros, Juan O´Gorman, Alfredo Ramos Martínez, Leopoldo Mendez, Smithe One, Buster, Álan Daniel B., Cristina Duran Luna, Flavia Zorrilla Drago., Banksy, Shepard Farey, Kaws, Invader, Saddo, Cinta Vidal  et bien d’autres.

Quels sont tes projets artistiques?

J’aimerais lancer un autre compte Instagram avec un autre style d’illustration, quelque chose de complétement différent de mes calaveras mexicaines. J’aimerais montrer des dessins d’un autre style, quelque chose de plus libre et faire des collages avec d’autres sujets.

Un projet que tu rêverais de réaliser?

J’ai beaucoup de projets que j’aimerais réaliser mais j’ai l’impression que je commence à peine alors, pour le moment, j’ai envie de laisser un peu l’illu pour me concentrer un peu plus sur le collage. Mon rêve serait qu’un musée important achète mes œuvres pour qu’elles restent à la vue de tous pour toujours!

Quel est le conseil que l’on t’as donné et qui te sert au quotidien? ?

Si tu veux que les choses changent, ne fais pas toujours la même chose. J’ai toujours essayé de profiter de ma vie au maximum. Tous les jours, je regarde le ciel, je cherche une étoile, j’observe les feuilles dans les arbres, je savoure ma nourriture. Je suis toujours très reconnaissant d’avoir du travail et des clients qui me font confiance. J’ai de la chance d’avoir une famille en bonne santé. Je remercie aussi les gens qui suivent ce que je fais. Sans eux, je ne suis rien.

Allez vite faire un petit tour sur le compte Instagram de Mauricio. Promis, vous ne serez pas déçus!