ITW // MATHIEU VAN ASSCHE (BE)

A la fois graphiste, illustrateur, graveur et photographe, le bruxellois Mathieu Van Assche est un artiste multi-casquettes. Issu d’une famille de créatifs, il puise son inspiration dans les icônes sacrées et les masques des tribus traditionnelles, ainsi que dans ses déambulations quotidiennes au cœur des quartiers populaires.

A côté de ses gravures et des images qu’il réalise en argentique, Mathieu Van Assche s’est mis à recycler de vieilles photos de famille, glanées en brocante, leur donnant une deuxième vie.
Et quelle vie! Affublés de masques tribaux, de cornes diaboliques ou encore de face tatoos, plus d’un d’entre eux doit se retourner dans leur tombe! Ou sourire de leur nouveau look, c’est selon. Quant à nous, simples mortels, c’est avec bonheur que l’on admire ces portraits complètement loufoques, pleins de fantaisie, d’humour, de tendresse et d’épouvante.

Bonjour Mathieu! Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Je vis à Bruxelles et je suis né dans une famille où l’art et la créativité prennent pas mal de place. Biberonné au dessin et à la culture, j’ai toujours été attiré par la feuille blanche et accro aux images. Graphiste de profession, je travaille en collectif avec deux amis qui sont, comme moi, multi-tâches. L’un d’eux, Cédric Volon, tient la galerie/shop Calaveras spécialisée dans tout ce qui tourne autour de l’estampe contemporaine Belge et Mexicaine. Nous avons notre bureau dans l’arrière pièce de la galerie du coup j’y rencontre pas mal de monde et j’y ai fait ma première exposition il y a 3 ans. Depuis ce moment, j’ai la chance de voir les projets s’enchaîner et de pouvoir m’épanouir dans différents domaines comme l’édition de livres photo avec les éditions Le Mulet que je co-gère ainsi que des expos autant en photo qu’en illustration ou en gravure.

Tu es à la fois graphiste, illustrateur, graveur et photographe, comment s’est fait ta rencontre avec ses différentes disciplines?

Au départ le graphisme prenait une grosse place dans ma démarche créative. Aujourd’hui, même si c’est très compliqué d’en faire son gagne-pain, j’essaie que la photo, la gravure, l’illustration et l’édition prennent le dessus dans ma vie professionnelle.
J’ai toujours beaucoup de mal à répondre à la question de ce que je fais dans la vie car je me considère ni comme photographe, ni comme illustrateur, ni comme graphiste mais plutôt comme la somme de tout ça. Pour moi la technique est au service de l’image et finalement, même si je peux parfois m’y perdre, je me rend compte que c’est un vrai atout de pouvoir jongler avec les techniques.

J’ai commencé la gravure un peu par accident en voulant m’inscrire dans un cours de sérigraphie. En tombant nez à nez avec les presses d’impression dans l’atelier où je m’étais inscrit, j’ai voulu essayer et finalement, je n’ai jamais arrêté. La photographie est venu plus tard. Le troisième laron du collectif avec qui je partage plusieurs projet dont les éditions Le Mulet, est le photographe bruxellois Simon Vansteenwinckel. C’est à force de le voir travailler et de voir passer ses images que j’ai eu envie de m’essayer à la photo argentique. Il m’a un jour prêté un appareil et donné un film vierge que je me suis empressé de remplir et depuis, j’ai pris l’habitude de ne jamais sortir de chez moi sans un petit appareil en poche.

La démarche n’est évidemment pas toujours la même dans mes différentes pratiques mais la grosse différence est surtout la notion du temps. La gravure demande beaucoup de concentration et une sorte d’introspection, c’est parfois un travail de patience et un dur labeur pour arriver à la fin d’une plaque. La photo et le sabotage d’anciennes photos sont, la plupart du temps, plus spontanés et certainement beaucoup plus rapides. Peu importe la technique, j’ai rarement une idée préconçue ou une vision à long terme de où je vais mais à force de faire, la continuité dans mon travail et les séries se mettent en place.

La majorité de ton travail est en N/B (excepté tes illus au Posca), pourquoi ce choix, cet attrait pour le bicolore?

Pour la gravure c’est avant tout la technique qui m’emmène au noir et blanc. Il n’est pas impossible de travailler l’estampe en couleur mais c’est plus compliqué et, en général, le résultat m’attire moins. Je travaille essentiellement deux techniques très basiques en gravure, l’eau forte et l’aquatinte. Cette dernière permet une gestion des aplats et des nuances de gris pour aller jusqu’à un noir très dense. C’est donc assez naturellement que pour cette technique, mes images finissent la plupart du temps sans couleurs.

Pour la photo, la question du choix du noir et blanc se pose plus. Je pense que le noir et blanc permet une distance plus nette par rapport au réel et au fait qu’on voit le monde en couleur. Cette frontière m’intéresse beaucoup car elle permet de pouvoir plus facilement emmener le spectateur dans son imaginaire. Je ne suis cependant pas spécialement un puriste du noir et blanc, j’ai d’ailleurs tout un tas de photos de carnaval en couleur dont je n’ai encore rien fait de particulier et je prend beaucoup de plaisir à travailler avec les couleurs très vives du Posca pour redonner vie aux vieilles photos en noir et blanc.

Comment en es-tu venu à “saboter” de vieilles photos ?

Cela a commencé sans grandes ambitions et sans avoir une idée précise derrière la tête. J’ai un jour ramassé une série de vieilles photos abandonnées sur un marché aux puces et, au départ, je n’avais pas l’idée de redessiner dessus. Arrivé chez moi, devant la télé, j’ai gribouillé dessus au Posca et le résultat m’a amusé, m’a plu et j’ai continué à le faire. Aujourd’hui, j’ai un tiroir rempli de Poscas et j’ai accumulé pas mal de vieilles photos dont beaucoup attendent encore d’être sabotées…

Comment choisis-tu tes sujets? Où puises-tu ton inspiration?

Je pense que mon inspiration part toujours d’une émotion, de quelque chose qui me touche, me fait rire ou me questionne. La source peut être très diverse : un tableau, une photo, un film, une personne, un paysage, un morceau de musique, une fête, ou le mélange de tout ça. En somme, la culture Pop(ulaire) et ce qui m’entoure laissent des traces dans mon imaginaire. À un moment, il faut que cela sorte et que je l’exprime à ma façon. Je pense qu’aujourd’hui c’est très compliqué pour un artiste d’inventer. On part toujours de quelque chose qui existe déjà. Pour moi, cela n’a aucune importance de savoir comment et à partir de quoi une idée arrive. Ce qui m’importe c’est, à partir d’éléments qui ne m’appartiennent pas forcément à la base, d’essayer de créer un univers ou un style qui est le mien. J’aime beaucoup cette notion de ré-appropriation et de détournement.
Finalement, c’est peut-être ce que je fais le plus dans mon travail artistique.

Peux-tu nous citer quelques artistes que tu admires? et pourquoi?

Cela peut paraitre cliché mais j’admire et je peux être influencé par la plupart des artistes avec qui je collabore ou que je rencontre au fil de mes expériences professionnelles et artistiques. Pour ne pas en oublier, je dirais que, pour la gravure et l’illustration, tous les artistes qui gravitent autour des galeries bruxelloises Calaveras, Sterput, Home Frit’HomeTon Piquant ou Image Fantôme. Pour ce qui est de la photo, la plupart des photographes qui exposent à la Galerie Studio Baxton ou toute la bande avec qui j’ai la chance de collaborer avec les éditions Le Mulet ou le projet collectif 1010 (projet photographique collectif partagé entre 10 photographes qui se sont lancé le défi de fournir chacun 10 images d’un lieu-dit). Mais si je devais citer ceux qui sont pour moi les GRANDS Maîtres et qui influencent énormément mon travail, pour l’illustration et la gravure je citerais évidemment Jérôme Bosch et Bruegel l’ancien et pour la photo, les japonais Daido Moriyama et Masahisa Fukase.

D’où te vient cette fascination pour le folklore populaire et comment la retranscris-tu dans ton art?

C’est surtout une fascination pour les carnavals et le masque qui a commencée avec le Carnaval Sauvage de Bruxelles. Au départ, j’y suis allé juste par curiosité mais, avec les photos que j’y prenais, cela a très vite été une grande source d’inspiration pour mes gravures. Puis, c’est devenu une série de photos et un livre collectif « Sauvage », auto-édité. C’est donc beaucoup à travers le masque que ma fascination pour le folklore populaire se retranscrit dans mon travail. Il est en grosse partie le fil conducteur dans les différentes facettes de mon travail.
Peut-être parce que j’ai toujours aimé l’expression « vivons heureux, vivons cachés » et que je pense que le masque et le carnaval (pas spécialement la parade comme il se pratique la plupart du temps mais plutôt la fête en soi) sont, à mes yeux, une grande source de liberté individuelle et collective.

Quel projet artistique rêves-tu de réaliser ?

Heureusement pour moi, j’ai encore beaucoup de rêves artistiques. Pour n’en citer que quelques-uns: collaborer avec quelqu’un qui écrit des histoires pour un livre d’illustration jeunesse ; faire une pochette de vinyle 33T pour un groupe que j’aime ; faire une série de planches de skate à partir de mes  illustrations ou de mes gravures ; trouver un éditeur qui serait intéressé de travailler avec moi sur un livre à partir de mes photos argentiques ou de mes photos sabotées ; collaborer avec une marque de street-wear sur une série de t-shirts…

Si tu devais choisir un morceau qui refléterait ton univers visuel, ce serait quoi?

Daniel Johnston « Casper the friendly Ghost », la version qui figure sur la sublime B.O. du film ‘KIDS’. Parce que j’aime le côté super bancal et LO-FI de sa musique alors que c’était un excellent musicien. Parce que j’aime l’ultra sensibilité et les références qu’il mettait dans sa musique et ses illustrations. Et parce qu’il est mort l’année passée et que ça m’a touché.

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