ITW // JAINITE SILVESTRE (MX)

Nous avons découvert le travail de Jainite Silvestre lors d’un voyage au Mexique, en visitant une galerie dans le centre de la ville de Guanajuato.  C’est là que l’artiste s’est installée afin de suivre ses études. Elle y a obtenu un diplôme d’arts plastiques et s’est spécialisée dans la gravure et la lithographie, qu’elle exerce aujourd’hui professionnellement depuis six ans.

Son travail est intrinsèquement lié à ses racines ancestrales où les dieux et déesses sont omniprésent(e)s. On y retrouve beaucoup de magie, énormément de symboles et d’éléments de la faune et la flore mexicaine. On note dans ses gravures une volonté de rendre hommage à son héritage culturel mexicain, tellement riche en traditions. Le tout à travers le prisme de la figure féminine, centrale dans son œuvre.

Nous avions plusieurs questions à poser à Jainite Silvestre. Nous l’avons donc contacté pour un (passionnant) entretien.

Bonjour Jainite! Peux-tu te présenter de manière succincte? Qui es-tu, Jainite Silvestre?

Je suis née et j’ai grandi dans la partie centrale du Mexique. Ma famille est originaire de la ville de Mexico. Quand j’ai eu 12 ans, on a déménagé dans l’état de Guanajuato, plus au nord. Je me suis installée dans la ville du même nom pour y suivre des études d’Arts Plastiques . C’est là que je me suis vraiment familiarisée avec les différents courants artistiques et les différentes techniques, ainsi qu’avec l’Histoire de l’Art. Avant cela, je ne connaissais pas grand chose. J’avais déjà vu, évidement, la Calavera Garbancera de Posada, par exemple, qui est très populaire, ici, au Mexique. Mais c’est à peu près tout. Ma famille n’est pas une famille d’artistes. Elle m’a néanmoins toujours soutenu dans mes choix. Je leur suis très reconnaissante de m’avoir encouragée dans cette voie et aussi de m’avoir légué beaucoup de la culture pré-hispanique, très présente dans mon travail.

Je voulais devenir peintre à la base. Mais, à l’école, on vous fait essayer toutes les techniques et toutes les disciplines. C’est finalement la gravure qui s’est le mieux mariée à mon langage artistique. J’y ai aussi découvert tout le passé chargé, toute la grandeur du Mexique en terme de gravure. Cela m’a passionné. J’aime le processus de création, le résultat et les possibilités qu’offrent la gravure. Je n’ai jamais arrêté depuis. Je suis maintenant graveuse professionnelle à plein temps, depuis 6 ans.

Où puises-tu ton inspiration?

Dernièrement, je travaille beaucoup sous forme de série autour d’un thème précis. Le bagage culturel du Mexique est extrêmement large. On en voit pas le bout! Je commence toujours par de petits croquis comme point de départ pour mes gravures, même si je ne les réalise pas tout de suite. L’inspiration peut provenir d’une trame de textile, ou d’une céramique que j’ai vue lors d’une visite dans un musée pré-hispanique. Tout de suite, mon imagination gamberge.

Les personnages que je représente sont fort liés à ma féminité. J’essaye de lier les déesses pré-hispaniques à ma vie personnelle et de raconter une histoire à laquelle les gens puissent s’identifier.

Il y a pas longtemps, j’ai réalisé une série autour du personnage de Mayahuel. Dans la mythologie aztèque, Mayahuel est la déesse de la fertilité, de l’ébriété mystique et de l’agave. Elle est la mère des 400 Centzontotochtin (en nahualt: les 400 lapins), dieux de l’ivresse. Ce sont eux qui te donnent une émotion lorsque tu bois du mezcal. Cela peut-être un lapin triste ou un lapin heureux.

J’aime le fait que les déesses soient des mères, avant tout. Elles sont un pilier, symbole de fertilité. Ce sont elles qui donnent naissance aux dieux importants. Leur rôle dans la cosmogonie pré-hispanique est primordial. C’est pour cela que beaucoup de mes personnages féminins sont représentés avec une poitrine opulente et des hanches larges. Afin d’appuyer ce rôle de la maternité.

J’inclus toujours des fleurs pour souligner le côté féminin, ainsi que le maguey (plante à la base du mezcal), qui est super important dans la culture mexicaine. Mais le passé pré-hispanique est toujours présent, c’est une source d’inspiration sans fin.

La Mort est également fort présente dans tes œuvres, on y retrouve beaucoup de squelettes. Cela a-t-il une signification particulière?

La calavera (représentation de tête de mort, emblématique du Mexique) a toujours été très présente dans la gravure mexicaine. Elle est utilisée comme symbole de fraternité. Peut importe que tu sois gros, grand, blond, roux,… au final, on finira tous en squelettes identiques. On est aussi les seuls, ici au Mexique, à avoir la tradition du Día de los Muertos. Même si la mort reste un sujet triste et difficile, il est permis d’y ajouter de la couleur, des fleurs, de la musique, de la nourriture, des offrandes. C’est en ce sens que la Mort me fascine: pas du tout pour son côté morbide mais pour cet aspect fleuri, tendre, touchant. J’ai réalisé une série pour le dernier Día de los Muertos. J’y ai représenté le bagage artisanal de différents états du Mexique. J’aime l’idée d’honorer et de perpétrer cette belle tradition.

Y a-t-il une de tes œuvres que tu préfères? Et si oui, pourquoi elle compte pour toi?

J’en ai quelques-unes. J’aime la série autour de Mayahuel. J’aime aussi une pièce intitulée “Ofrenda”. C’est la première pièce dans laquelle apparaît une communion entre le féminin et le masculin. Elle compte beaucoup pour moi car elle est le symbole d’amour, d’affection dans une relation de couple. J’aime aussi beaucoup celle de “Primero Sueño” et aussi “Anatomie Silvestre”, qui est ma première tentative d’auto-portrait.

Peux-tu nous citer quelques artistes que tu admires et nous dire pourquoi ils sont importants pour toi?

J’aime beaucoup la peintre mexicaine Remedios Varo Uranga pour son côté magique. J’ai lu récemment un bouquin sur comment elle réalisait ses œuvres et je m’identifie un peu à elle et à son travail. Bien sûr, j’admire beaucoup le graveur mexicain Leopoldo Mendez, et les peintres mexicains Julio Galán et Raul Anguiano.

Plus que des personnes, c’est la musique traditionnelle mexicaine qui m’inspire. Ainsi que l’artisanat, la céramique pré-hispanique et les traditions mexicaines, en général.

Qu’est-ce que cela signifie, être artiste au Mexique, aujourd’hui?

L’amélioration des moyens de communication rend les choses beaucoup plus faciles qu’avant: on peut se faire connaître sur les réseaux sociaux, on peut envoyer un paquet facilement et rapidement, partout dans le monde. Mes œuvres sont aussi présentes dans une galerie très fréquentée du centre de Guanajuato: le Taller El Pinche Grabador. Cela aide beaucoup. Cette année a été, comme pour tout le monde, spécialement difficile car l’Art n’est pas considéré comme un besoin de première nécessité. Mais on poursuit nos efforts et on reste debout malgré tout!

Qu’aimes-tu faire lorsque tu n’es pas occupée à graver?

Cuisiner! Pour être honnête, j’ai commencé à cuisiner il n’y a pas longtemps. Mais je suis assez perfectionniste! J’ai mes petits cobayes à qui je fais goûter les mêmes plats, encore et encore, jusqu’à ce qu’ils soient parfaits. J’aime faire du pain. Je trouve le processus de fabrication super chouette. Le fait de devoir passer par plusieurs étapes et de devoir attendre, cela me relaxe. J’adore aussi voyager, même si cela n’a pas été beaucoup possible ces derniers temps.

As-tu un rêve (artistique ou non) que tu aimerais se voir réaliser?

Avoir un potager et continuer à explorer le monde.

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Pour les bruxellois, retrouvez également quelques-unes de ses œuvres chez Calaveras, galerie d’art belgo-mexicain, située dans les Marolles.