ITW // ELENOR KOPKA (DE)

Elenor Kopka est une illustratrice et animatrice allemande au style bien distinctif. Son univers est peuplé de monstres, de vers et d’autres créatures en tous genre. Le tout traité en noir et blanc, avec cette texture granuleuse qui la caractérise et qu’elle doit à sa pratique de la gravure.

Elle a à son actif une série de courts métrages et de clips vidéos. Elle a notamment travaillé pour MTV, Adult Swim et Timber Timbre, donnant à la musique une place centrale dans son travail. Fortement inspirée par les traditions folkloriques, la culture japonaise et les jeux vidéos, Elenor Kopka nous livre un imaginaire peuplé de personnages à l’air aimable et bienveillant.

Nous avons contacté Elenor Kopka afin de lui poser quelques questions. Nous avions envie d’en savoir davantage sur ses réalisations et sur sa manière de travailler.

Bonjour Elenor! Peux-tu te présenter en quelques lignes? Quel est ton parcours et comment en es-tu arrivé à l’animation?

Je m’appelle Elenor Kopka, je suis animatrice et illustratrice indépendante. Je réalise des courts métrages et des clips vidéos. Je suis également un des membres fondateurs de Ghostbutter, un studio de jeux vidéos que j’ai créé avec mon frère Konstantin et mon ami Philip Feller.

J’ai étudié le graphisme et l’illustration à l’Académie des Arts Visuels de Leipzig. J’ai ensuite étudié un temps à l’HEAR de Stasbourg, en France. J’ai terminé récemment un Master à l’Académie des Arts Médias, à Cologne, en Allemagne.

J’ai beaucoup dessiné et fait de nombreux travaux d’impressions pendant mes études à Leipzig. J’avais une affection particulière pour la lithographie et la gravure sur bois. Mais j’ai aussi commencé à animer par moi-même, en autodidacte. J’avais envie de faire des clips pour mes copains musiciens. Je n’avais pas de prof d’animation et aucune idée de comment ça marchait! J’ai donc commencé à expérimenter différentes choses, avec une liberté totale et j’ai beaucoup appris en chemin. Je me suis mise à animer mes dessins en stop motion, en dessinant, effaçant, re-dessinant encore et encore sur le même bout de papier! Voir mes dessins prendre vie et bouger pour la première fois était juste incroyable et je suis directement tombée amoureuse de l’animation. Après, je suis passé au digital mais le processus reste assez analogue puisque je continue à dessiner image par image.

Je ne me souviens pas d’un moment dans ma vie où je n’ai pas peint ou dessiné. Mais j’ai aussi fait beaucoup de musique (violon et chant). Même si j’ai fini par étudier les arts visuels, je pense que j’avais envie d’animer mes dessins pour les faire bouger sur de la musique. Ajouter une autre dimension à mes films en ajoutant du son est probablement la chose que je préfère dans mon travail.

Où puises-tu ton inspiration?

J’aime l’art populaire allemand mais aussi ceux d’autres cultures, surtout quand il y a des représentations de visages ou de personnages. Allez voir, pour exemple, des images du Carnaval Alémanique.

Mon livre préféré est un livre que je possède sur les jouets en bois du monde entier. C’est rempli de personnages attachants et rigolos, avec des expressions touchantes et réconfortantes mais, en même temps, étrangement sérieuses et inquiétantes.

J’aime aussi beaucoup les Yokai, des créatures surnaturelles et monstres issus du folklore japonais. J’ai aussi une grande collection de jouets et figurines du Japon comme, par exemple, Godzilla ou, mon préféré, un Pygmon fluorescent qui veille sur moi quand je travaille.

Mais le plus important pour moi reste de m’amuser avec ce que je fais. Chercher la meilleure manière de dessiner un personnage, des décors, de rendre le mouvement… Essayer de m’amuser en travaillant et de divertir le spectateur une fois le projet fini est définitivement quelque chose qui me motive!

D’où vient ton esthétique avec cette texture granuleuse et cet univers noir et blanc, un tantinet lugubre?

Je crois que l’usage du noir et blanc vient de ma formation en dessin et de mon penchant pour les arts graphiques. J’ai toujours trouvé intéressante la réduction et les contrastes vifs. Quand j’ai commencé à travailler digitalement, j’ai fait de mon mieux pour retranscrire cette esthétique par ordinateur.
C’est devenu naturel après un moment, étant très inspirée par l’art digital et par les jeux vidéos.
Comme je l’ai dit, j’ai une fascination pour les choses un peu étranges et lugubres (sans toutefois rentrer dans le gore) et j’essaye toujours d’insuffler une atmosphère un peu morose et dense à mon travail. Le noir et blanc me paraît un bon moyen d’y arriver. Mais dans l’ensemble, le noir et blanc n’est pas une règle fixe. J’ai adoré travailler la couleur dans le passé et je suis en train de travailler sur des projets en couleur en ce moment-même.

 

Tu as travaillé avec MTV, Timber Timbre, Feather,… Pourquoi la musique est-elle si intrinsèquement liée à ton travail?

Comme je l’ai dit, j’ai grandi en jouant de la musique et cela reste pour moi une grande source d’inspiration. J’adore travailler sur des clips parce que c’est chouette d’avoir un point de départ, une structure, une ambiance dès le départ. Souvent, les images s’imposent d’elles-mêmes quand il y a un morceau et des paroles pour commencer. Cela annule le syndrome de la page blanche et ressemble plus à un jeu où je n’ai qu’à remplir les trous pour faire apparaître des images déjà existantes.

Quand on t’engage pour réaliser un clip, disposes-tu généralement d’une liberté totale? Comment procèdes-tu?

Généralement, quand je suis approchée par quelqu’un pour travailler pour eux, ils connaissent déjà mon travail et l’apprécie. Donc, dans l’ensemble, ils m’octroient dès le départ une grande confiance et ils me donnent parfois une liberté totale. J’ai vraiment de la chance pour cela.
Mais je trouve que cela est important d’entendre les intentions des musiciens derrière leurs chansons. Cela m’amène la plupart du temps sur des chemins plus intéressants.

Je commence par gribouiller rapidement les premières images qui me viennent en tête. Puis, j’élabore un storyboard assez brut. Ensuite, je passe beaucoup de temps sur les animatiques. Le timing est crucial pour les clips vidéos! Enfin, j’anime, j’anime, j’anime…jusqu’à ce que ce soit fini!

Peux-tu nommer quelques artistes dont tu admires le travail?

La première personne qui me vient en tête est la peintre japonaise Yuka Kashihara. Elle fut ma belle-sœur et c’est une artiste incroyable. Je la connais, elle et son œuvre, depuis longtemps. Ses peintures et son approche pour créer des images m’ont toujours fasciné, et m’ont énormément appris.

Ou sinon, je suis aussi une grande admiratrice de Patrick McHale, des frères Fleischer et d’Hayao Miyazaki.

Sur quoi travailles-tu en ce moment? Des projets en vue dont tu as envie de nous parler?

Je suis en train de travailler sur un court-métrage de commande pour Adult Swim qui sera diffusé dans le cours des prochains mois. Et je suis sur le point de terminer un jeu vidéo avec Ghostbutter sur lequel j’ai travaillé en tant que directrice artistique et graphiste ces deux dernières années. Dans le jeu, les joueurs doivent prendre des photos dans un parc animalier laissé à l’abandon. Il s’agit d’un petit clin d’œil au jeu Pokemon Snap dont nous étions tous gagas quand nous étions plus jeunes. Un nouveau trailer devrait sortir dans les prochaines semaines et j’ai hâte de le partager avec le monde entier!

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