ITW // EKO (FR)

Issu du graffiti, l’artiste français EKO s’est affranchi du lettrage traditionnel pour voir son style évoluer vers des formes plus abstraites. Même s’il conserve quelques éléments du graff (usage de l’aérosol, peindre sans autorisation préalable), il se démarque par son emploi des couleurs et son esthétique brute, géométrique.

Il est aussi à l’origine du site ekosystem.org, site de référence pour l’actualité du graffiti et du street art depuis plus de vingt ans. Nourrie de portraits et d’interviews d’artistes de tous horizons, la plateforme est une véritable mine d’or pour tout amateur d’art urbain.

EKO a gentiment accepté de répondre à quelques questions pour NOSHi.

Voici le résultat de notre entretien.

Bonjour EKO! Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Je suis né pendant la première moitié des années 70 dans le sud de la France. Ma pratique du graffiti dure depuis 30 ans même si cela a pris différentes formes et que mon implication a été fluctuante suivant les périodes de ma vie. Le tag au début, les trains, les murs, les autocollants, les collages, le web… C’est un loisir que j’ai toujours séparé du reste de ma vie. Je suis graphiste. Mes collègues ignorent tous ma pratique, je n’en parle quasiment jamais non plus avec ma famille.

D’où vient ton nom EKO?

J’ai dû choisir ce nom vers 1993, j’avais avant un nom de 9 lettres et mon activité principale était de tagger. J’ai voulu changer pour un nom beaucoup plus court et donc plus rapide à poser. Je pense que cela vient d’un jeu vidéo de l’époque, Ecco the dolphin. C’était avant que l’on mette des « eco » avant tout un tas de marques pour dire que c’est économique ou écologique. Il y a des EKO dans quasiment toutes les villes… je n’aime pas vraiment ce nom, mais j’y suis quand même un peu attaché, je n’ai jamais changé. Sur le net, je signe plutôt faceless ekone ou secret ekone histoire de ne pas être noyé dans la masse des EKO du monde entier!
Je ne retrouve plus la photo mais il y a une dizaine d’années j’avais fait un sticker avec marqué : « Now that I’m thirty something I should think about using my real name ».

Comment as-tu découvert le graffiti?

J’ai découvert le graffiti à la toute fin des années 80 via la presse dans le magazine Actuel et dans quelques hebdos qui faisait des articles sur l’explosion des tags à Paris. J’ai rencontré aussi un parisien dans mon collège de province qui prétendait faire partie de la Zulu Nation. J’ai dû tout apprendre tout seul sans avoir comme modèle les graffs de gens expérimentés car les seules autres personnes qui peignaient dans ma ville c’est moi qui les avait motivés… ça m’a pris beaucoup de temps pour arriver à faire des choses potables.

Peux-tu nous parler d’Ekosystem.org? Quand as-tu commencé et qu’est-ce que cela t’a apporté?

J’ai commencé ce site en 99 alors que je pensais arrêter le graffiti mais j’ai voulu laisser une trace de mon activité et de mes amis sur le web qui commençait à peine à sortir des universités. J’ai donc mis les photos de trains de ma région et puis les pièces de quelques graffeurs émancipés du graffiti traditionnel. Petit à petit, une scène s’est formé autour du site qui a participé à l’éclosion d’une scène européenne que l’on a plus tard étiquetée sous le nom de Street-art. J’ai raconté cette période ici.
Ce que m’a apporté le site, c’est principalement de me remotiver à m’impliquer dans le graffiti (je parle de graffiti dans une définition assez étendue, je suis conscient que ce que je fais depuis mal de temps n’est pas réellement du graffiti)

Comment définirais-tu ton style et comment ce dernier a-t-il évolué au cours des années?

Comme je disais ma pratique actuelle n’est plus réellement du graffiti même si j’en conserve certains éléments (l’aérosol, peindre sans autorisation, parfois écrire mon nom), mais il n’y a pas le coté spontané, brutal et hautement illégal du graffiti.
Mon style est géométrique, il évolue lentement. J’ai pas mal peint avec Damien Auriault ces derniers mois. on a chacun fait un pas l’un vers l’autre pour que nos pièces aillent bien ensemble. J’ai réduit ma palette de couleurs, et alors que je ne peignais quasiment que des lettres j’ai progressivement multiplié les pièces où je ne cherche qu’un certain équilibre dans les couleurs et les formes sans forcément écrire quelque chose. J’ai longtemps eu l’impression de me renier et que mes pièces étaient complètement vaines sans lettres.

Où puises-tu ton inspiration?

Plus dans le graphisme que dans l’histoire de l’art même si évidement le Suprematisme ou De Stijl m’ont beaucoup influencé.
 A une époque, je passais pas mal de temps sur Pinterest pour chercher des idées, souvent je prenais un petit élément d’un logo, d’un dessin qui me plaisait et je partais de cela. La plupart du temps, l’élément avait disparu à la fin mais ça me permettait de ne pas trop me répéter. En ce moment, j’essaie de ne plus trop aller sur le net pour chercher des idées. J’ai un certain nombre de formes, de gimmicks visuels qui me sont propres, et j’essaie de les assembler de façon différente pour me renouveler en restant dans le même style. Les artistes que j’admire le plus sont ceux qui changent régulièrement de style, ce n’est vraiment pas facile…

Comment élabores-tu chaque nouvelle composition?

Je fais quasi systématiquement mes maquettes sur Illustrator. Parfois, j’ai déjà en tête le mur où je vais peindre. Alors j’essaie de préparer quelque chose qui va pile rentrer sur la surface. Soit j’imprime ma maquette, soit j’ai l’image sur mon téléphone. Au moment de peindre, elle n’est pas sensée évoluer. Je m’éloigne de ma maquette quand je me rends compte qu’il manque quelque chose, que ça ne fonctionne pas. Ou quand je me suis planté et qu’il faut trouver un moyen de rééquilibrer le tout.

Quel est ton meilleur souvenir de peinture?

Bizarrement, je ne prends pas vraiment de plaisir quand je peins. Ma satisfaction c’est quand j’ai terminé et que je suis content du résultat. Après forcément les moments les plus intenses datent de mes premières années où l’on prenait réellement des risques pour peindre.

Un projet que tu rêverais de réaliser?

Continuer à avoir l’envie, l’énergie et l’inspiration pour peindre encore un grand nombre d’années.

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Et c’est tout ce que l’on espère également: pouvoir se délecter encore de longues années du travail d’EKO.

En attendant, allez vite faire un tour son sur compte Instagram et sur son site, ekosystem.org (il est aussi sur FB).