ITW // ANA MIMINOSHVILI (GE)

L’illustratrice et graphiste Ana Miminoshvili nous vient tout droit de Tbilissi, en Géorgie. Elle réalise son travail principalement en numérique mais partage ses carnets de croquis, nous donnant un aperçu de sa maîtrise des techniques traditionnelles.

Nous l’avons découverte grâce à sa série “Blooming Eyes“, débutée en 2018. Cette série d’illustrations intrigantes représente des végétaux pourvus d’une kyrielle d’yeux fatigués nous dévorant du regard. On les imagine aisément bouger à l’unisson. Le fond, noir, donne à l’ensemble une intensité faisant naître une pointe d’anxiété. L’intention de l’auteur est de dénoncer la pression exercée par les réseaux sociaux et son mécontentement d’être observée à tout bout de champ.

Malgré cette critique, Ana Miminoshvili fait usage d’Instagram où elle partage son travail. Elle n’hésite pas à mettre ses followers à contribution. Ainsi est né le projet “Emojinarium” dans lequel elle met en scène et combine deux émojis donnés au hasard. Le résultat est tout simplement savoureux.

A côté de cela, Ana Miminoshvili s’est fait approcher par les plus grandes marques: de Adobe aux BAFTA’s, en passant par le Wellington Zoo ou The Darcy’s, tous ont fait appel à elle pour dorer leur image.

Nous avions envie d’en savoir plus sur cette illustratrice truffée de talent. Nous lui avons donc posé quelques questions:

Bonjour Ana! Quand as-tu commencé à dessiner et comment en es-tu venu à l’illustration?

Je dessine depuis que je suis enfant et je n’ai jamais cessé depuis. Quand j’étais au collège, je voulais être artiste et j’étais à fond dans l’hyperréalisme. Après un temps, je me suis intéressé à la pub et au design graphique. J’ai trouvé un boulot dans une agence de graphisme où j’ai travaillé pendant trois ans comme graphiste multidisciplinaire et comme illustratrice. Cela m’a amené à explorer autant que je pouvais tous les domaines de la création. J’ai finalement trouvé ce qui me plaisait le plus: l’illustration.

Peux-tu nous parler de ta série intitulée “Blooming Eyes”?

J’ai réalisé la première illustration de Blooming Eyes il y a exactement deux ans, en novembre 2018. Au début, je ne savais pas vraiment ce qui allait en sortir mais je savais que je prenais du plaisir à dessiner et que j’aimais bien le résultat final. Cela s’est assez vite transformé en série. Cette dernière traite de cette peur et cette angoisse d’être observé en permanence. On vit dans une époque où les caméras/appareils photos sont omniprésents et cela crée comme un malaise. Moi je suis du genre à mettre de l’adhésif sur la webcam de mon ordi. On passe son temps à s’exposer sur les réseaux sociaux ou à reluquer la vie des autres, on passe sa vie à s’observer mutuellement, finalement.

Où puises-tu ton inspiration?

Généralement, les idées me viennent en dessinant. Cela peut aussi venir d’une chose complètement inattendue, ou d’une erreur commise. Je suis toujours attentive et à la recherche de visuels intéressants autour de moi. Voyager est également une énorme source d’inspiration, cela me manque énormément! C’est toujours bénéfique de changer de décor et de sortir de sa zone de confort.

Peux-tu nous parler de ton projet “Emojinarium”?

Bien sûr! Au printemps passé, j’étais justement en train de prendre une pause dans mes travaux de commande lorsque le confinement a commencé. Je me suis donc retrouvée avec beaucoup de temps devant moi. J’ai décidé de demander à mes followers sur Instagram ce que je devais dessiner. J’ai posté une story avec cette question et je leur demandais de répondre en utilisant deux émojis différents. J’ai choisi mes combos préférés parmi ceux que j’ai reçu et j’ai commencé à faire des croquis. C’était super amusant! J’ai récemment lancé un autre compte Instagram, exclusivement dédié à Emojinarium et je continue à m’éclater là-dessus!

 Qu’aimes-tu faire lorsque tu n’es pas en train de dessiner?

J’aimais beaucoup aller au ciné mais maintenant, je regarde les films à la maison. J’aime aussi jouer à la guitare et cuisiner!

Peux-tu nous citer quelques artistes que tu apprécies et nous dire pourquoi ils sont importants pour toi?

Christoph Niemann est un de mes artistes préférés. Je trouve qu’il est le parfait exemple de la manière de donner forme à sa carrière aujourd’hui.  Il fait des illustrations drôles, pleines d’esprit, comme ses Sunday Sketches, tout en travaillant dans le domaine éditorial et en couvrant des thèmes importants. Il écrit des bouquins, a lancé son propre jeu et fait aussi des paysages magnifiques à la main.

Carter Goodrich est un autre de mes artistes préférés. J’adore ses illustrations pleines de vie, de couleurs, de lumières et de formes magnifiques!

Qu’en est-il de la scène de l’illustration en Géorgie?

Je ne travaille pas beaucoup avec les agences locales, je ne suis donc pas experte en la matière. Mais l’industrie est presque inexistante. Les budgets consacrés à l’illustration sont minces car elle est encore considérée davantage comme un hobby que comme une réelle profession. Je crois que la demande de contenus illustrés augmente et que les jeunes artistes sont de plus en plus intéressés par cette discipline. Il n’y a plus qu’à espérer que cela amène un peu de changement!

Ici, en Belgique, on est encore confinés. Aurais-tu un livre, un film, une série ou une activité que tu aimerais nous conseiller?

Oui, ici aussi, en Géorgie, on est encore confinés. Le bouquin que j’ai le plus aimé cette année est la BD Cet été-là de Jillian Tamaki et Mariko Tamaki. J’ai aussi passé l’été à rejouer à Last of us part 1 sur la PS, avant de m’attaquer à Last of us part 2. Pour l’instant, je regarde The Madalorian et c’est juste parfait! Je recommande aussi vivement: Succession, The outsider et The Marvelous Mrs. Maisel.

As-tu un rêve (artistique ou pas) que tu aimerais se voir réaliser?

Je me suis fixé quelques objectifs mais je ne vais pas tous les développer ici! L’un d’eux est de créer mes propres produits et d’avoir un petit “gift shop”. J’y travaille, lentement mais surement!

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